Le salon de thé

L’expression n’est pas de moi, mais tirée d’un forum de natation. Et la-dite expression assez juste, quand on voit l’attroupement en bout de ligne, là où la profondeur n’est que de 80 cm. Le slip est juste à la surface, les torses sont à l’air. C’est l’emplacement privilégié de quelques poissons-pierre, mais aussi d’une large variété d’animaux, façon basse-cour. L’on évoquera quelques poules d’eau, deux ou trois jeunes coqs… bipèdes sans cornes mais avec plumes. Beaucoup de pauses, quelques allers-retours, et surtout beaucoup de papotages. Cela socialise, à deux ou trois, pour deux ou trois groupes. Pour peu, l’on pourrait les voir prendre le thé et s’abreuver l’esprit avec les derniers potins.

Du coup, encombrement. Et les nageurs comme ma pomme ont quelques difficultés à se frayer un chemin pour atteindre la marque sur le mur, au milieu de la ligne, pour repartir dans l’autre sens. La politesse n’ayant aucun effet, seule la méthode bourrin fonctionne : l’on fonce dans le tas, et gare à celui qui ne s’écarte pas.

Ah, c’est un jour où un couple d’ours font du tourisme et s’essayent à la nage. Ces deux mâles ne se quittent pas, sans doute pour se donner du courage. Je suppute que leurs nuits se passent aussi ensemble, afin de combattre à deux la peur de l’obscurité.
Là, maintenant, ils sont dans le salon de thé. Je déboule en fin de ligne pour repartir et entendre distinctement l’un dire « il s’arrête pas » à l’adresse de son collègue.

Non, je ne m’arrête pas. Y a-t-il une raison nécessaire et suffisante qui pourrait stopper ma course ?