Archives de catégorie : Scènes

Pouic-pouic

Illusion d’optique ou chose effective ? La question reste ouverte, tant cette scène s’est déroulée juste au dessus du mode subliminal. C’est l’effet du flow : le corps est lancé en plein effort, entre dans un automatisme efficace et libère les endorphines dont le cerveau se gave. La conscience vaque alors de la réalité brute au conceptuel, du proprioceptif parfait aux pures abstractions, et entre les deux, comme dans un rêve, donne à regarder ce que l’oeil subaquatique propose.

Avais-je remarqué ces deux nageurs ayant en commun la même couleur criarde de slip et le poids des années. L’un nage exclusivement la brasse, l’autre varie entre brasse et crawl. Les deux se reposent en bout de ligne, l’un dans le couloir de brasse, l’autre dans celui du crawl, mais côte à côte, séparés uniquement par la chaine de flotteurs plastiques.

Et mon regard de constater que de la main de l’un se pose sur la partie antérieure du slip de l’autre, discrètement, sous l’eau. La quarantaine plus que probable, et c’en est encore à jouer à un improbable touche-pipi dans une piscine publique ?

Je laisse filer, dans mon bien-être, ce genre de chose ne me touche pas.

Personnifications anthropomorphiques

Rappelons que la majorité est hétérosexuelle, et malheureusement sexiste. Les antiques vicelards qui ont bâti les mythes s’en sont donné à coeur joie lorsqu’il a fallu représenter diverses idées et concepts ; rien de mieux que d’utiliser des femmes quelque peu dévêtues.

Ainsi, la Vérité est nue, incroyablement nue, seule au centre d’une scène, glabre et magnifiquement belle, sa peau préservée du soleil, et montrée à une assemblée en général masculine.

Vaste erreur. Ces vieux croûtons ne voyaient ni avec leur yeux, ni avec leur intellect, mais avec leur concupiscence. D’après ce que je vois dans ce vestiaire, il n’y a pas une Vérité, mais des vérités. Non pas seules, mais en nombre. Elle n’est pas glabre, en vérité, « elles » ne se rasent pas les jambes. Certaines sont bien musclées, d’autres assez mal forgées ou se laissant aller. Et, le plus important, arborant sans vergogne des attributs assez peu féminins, avec du poil autour.

Il a des moments où je n’ai pas envie de voir certaines vérités, que ce soit en face ou de biais. Et d’imaginer où pourrait se trouver une autre personnification ; la Pudeur. Eprouvant la déception qu’elle ne soit pas ici présente, il semble très probable qu’elle soit parti skier.

Le salon de thé

L’expression n’est pas de moi, mais tirée d’un forum de natation. Et la-dite expression assez juste, quand on voit l’attroupement en bout de ligne, là où la profondeur n’est que de 80 cm. Le slip est juste à la surface, les torses sont à l’air. C’est l’emplacement privilégié de quelques poissons-pierre, mais aussi d’une large variété d’animaux, façon basse-cour. L’on évoquera quelques poules d’eau, deux ou trois jeunes coqs… bipèdes sans cornes mais avec plumes. Beaucoup de pauses, quelques allers-retours, et surtout beaucoup de papotages. Cela socialise, à deux ou trois, pour deux ou trois groupes. Pour peu, l’on pourrait les voir prendre le thé et s’abreuver l’esprit avec les derniers potins.

Du coup, encombrement. Et les nageurs comme ma pomme ont quelques difficultés à se frayer un chemin pour atteindre la marque sur le mur, au milieu de la ligne, pour repartir dans l’autre sens. La politesse n’ayant aucun effet, seule la méthode bourrin fonctionne : l’on fonce dans le tas, et gare à celui qui ne s’écarte pas.

Ah, c’est un jour où un couple d’ours font du tourisme et s’essayent à la nage. Ces deux mâles ne se quittent pas, sans doute pour se donner du courage. Je suppute que leurs nuits se passent aussi ensemble, afin de combattre à deux la peur de l’obscurité.
Là, maintenant, ils sont dans le salon de thé. Je déboule en fin de ligne pour repartir et entendre distinctement l’un dire « il s’arrête pas » à l’adresse de son collègue.

Non, je ne m’arrête pas. Y a-t-il une raison nécessaire et suffisante qui pourrait stopper ma course ?

Oh my Socrates

C’est une sorte de rituel. Après avoir enfilé mon slip de natation et avant la douche ; le sacro-saint passage aux toilettes pour la vidange. Il faut tenir une heure, voire plus, sans augmenter la teneur en urine de l’eau. Cela fait partie des performances. Donc aux toilettes : un des box a sa porte fermée. C’est bien. Vu le nombre de crétins qui ne la ferme pas, et offrent la vision de leur filet doré à tous ceux qui seraient derrière… Sans parler du fait qu’ils ne craignent pas l’éventualité qu’un excité ayant oublié son bromure puisse entrer dans leur box pour tenter on ne sait quoi…

Hum… je reprends… un des box est fermé, l’autre est libre, donc j’y vais logiquement. Et de remarquer non pas deux pieds dans le box occupé, mais quatre. Deux pieds nus, et deux pieds en tongues. Je ne tilte pas encore. Ce sont plus ces affreuses tongues qui m’occupent l’esprit.

Je ferme la porte, et vérifie que je suis seul. Le déclic vient lorsque ma vessie se soulage.
Socrate est là.
Non pas physiquement avec moi dans le box, mais dans mon intellect. Le dialogue du Banquet de Platon me revient en mémoire. Et dans ce dialogue, non pas l’éculée et néanmoins merveilleuse partie où Socrate introduit la sagesse de Diotime – dans la discussion, s’entend – mais la partie où cet inverti d’Aristophane cause de l’être orgueilleux à quatre bras et quatre jambes. Donc quatre pieds. Nous y voilà. Pour l’histoire, Zeus a coupé en deux ce kakou quadrumane quadrupède bicéphale, et depuis, chacun est censé trouver l’autre moitié.

Vidange terminée, on se rince les mains, l’autre box est toujours occupé, et logiquement pour quelques minutes encore. J’avoue avoir l’esprit assez tordu et facétieux, pour me demander comment ces deux êtres allaient s’emboîter pour reformer l’être originel. Tant de combinaisons… les hindous en auraient écrit des pages.

C’est ça, l’ironie socratique : on a beau savoir, on a vu tellement de documentaires animaliers, avoir fait ses propres expériences… le savoir est remis en question et l’ignorance feinte, parce que c’est que comme ça que le schmilblick avance.

Scotland forever

Ce soir, problème d’eau chaude aux douches. Limite tiède quand j’arrive. Je remarque pendant mon heure de free-style que le bigorneau a l’air assez dépité, assis sur le banc entouré de sa serviette blanche, dans une déréliction qui ne fait absolument pas pitié. Je comprends enfin pendant la pause vidange : eau glaciale sous la douche, qui ma foi est assez revigorante. L’eau du bassin paraît chaude ensuite. Et l’on peut reprendre le crawl pendant une vingtaine de minutes…

Du coup, les habituels mateurs qui hantent les douches n’y squattent plus : c’est désert. Solution radicale et finalement assez heureuse.

Problème technique ? Décision plus ou moins volontaire d’économiser du fioul ? Les maîtres-nageurs-sauveteurs se sont-ils enfin aperçu du barnum dans l’arrière-salle et ont-ils imaginé cette élégante solution ?

Qu’importe. L’eau était redevenue chaude quand ma séance s’est terminée.

Vive l’Ecosse, surtout aux douches.

Collection automne-hiver

La saison d’hiver a commencé il y a une semaine déjà, mais c’est celle-ci où le Grand Barnum débute. En guest star, notre bigorneau abhorré.

Direct dans les vestiaires, où l’on se demande si un nudiste ne serait pas bloqué dans une bulle temporelle tellement sa nudité dure, dure, dure…

Le slip de bain de mon voisin de casier est remarquable : bleu clair et liseré blanc. On dirait presque un aussieBum. Je le recroise en bas dans la partie discrète des douches, à côté du rouquin aux mille slips qui se savonne des pieds à la tête. Il ne me semble plus avoir recroisé ce mec en slip bleu dans la piscine. Très possible qu’il soit capturé dans les douches avec, qu’on se rassure, la certitude que cet animal resterait sain et sauf(1).

Dans les douches, toujours, et pas discrètement, c’est The Return of The Bigorneau (The Sequel en anglais). Il a de belles choses à voir. Par exemple, ce monsieur en hipster (on dirait encore un aussibutt modèle « Freshhh Daydream »), dont il zyeute le postérieur avec concupiscence… Prévisible et pitoyable…

Du coup, question slip à porter, mon aussieBum de cet été (un hipster rouge) est un peu voyant. J’ai changé cette semaine pour le boxer speedo bleu-marine antisexe. On ne va pas tenter le diable. Car la semaine dernière, un individu a passé sa main sur ma fesse gauche. Deux secondes qui m’ont paru une éternité. Il nageait à contre-sens, je me suis arrêté et fait une moue de désapprobation, il s’est excusé.
Vu la couleur vert flashy fluo de son boxer échancré… il est très peu probable qu’un hétéro ait ce genre de préférence vestimentaire.

Pour parodier Mister Allen, je n’ai pas de problème avec l’Homosexualité, c’est juste son fan club qui me gonfle(2).

Fashionistas

C’est la loose finale ! Même calbute et demain ! L’Australienne sera le genre humain…

Un gars qui troque son slip de nage bleu sérigraphié aussieButt là où il faut, contre un slip de nage identique au mien. Adieu originalité avec ce vile copieur. Même s’il sprinte vite, le sieur a quelques efforts à faire en cardio pour éliminer son léger embonpoint. Résultat moche.

Mais l’individu a été éclipsé par plus remarquable. Même modèle rouge, mais en sous-version boosterjocks (pour celles qui ne connaissent pas, ce sont des wonderbra pour le paquet des messieurs). Pas musclé, membres fins, et bide assez gros. Un look d’araignée, si cette tapiole devait ramper. Résultat très très moche. La cerise, c’est le tatouage au dos. Very very bad taste.

Et de me demander à quel point la publicité façonne le cerveau. Avec cette marque, au vu des mannequins qu’elle emploie, suis-je suffisamment bâti pour être à la hauteur du slip, ou bien est-ce une grosse illusion ? Le doute m’assaille.

La piscine du Rhône

NB : cette piscine ayant fait l’objet d’une rénovation en 2014, la description des lieux est caduque. Les douches sont maintenant mixtes (grand merci !), la drague homo se fait maintenant plus discrètement au milieu des hétéros.

Même en été, on n’est pas en vacances. On change de lieu pour les quartiers d’été, et on croise de nouvelles têtes d’ampoules. Enfin, quand on dit « croiser », c’est forcément contre sa volonté.

Au niveau topologie, les douches de cet établissement sont alignées de chaque côté d’une longue allée. Chaque douche est séparée de sa voisine par un haut muret. Donc lorsqu’on se place dans un de ces box, on ne peut voir que trois box en face. Et comme d’habitude, ce n’est pas mixte.

Deux méthodes pour ces excités :

– se placer dans un box de douche en face d’un box occupé par une personne « potable », et profiter de la vue. Là, pas d’autre solution que de feindre l’ignorance et de faire fissa fissa. La distance est trop longue pour rendre leur regard par une gifle.

– faire des allées et venues le long de cette allée. Et mater subrepticement le contenu de chaque box. Ce qui c’est passé ce matin.
Constatation : plus ils sont petits, plus ça les travaille. Et comme d’habitude, ça les travaille jusqu’au ridicule. J’ai remarqué 4 allées-venues de ce nain pendant mes ablutions, après mes 3 Km de crawl. Et pour son travail dans le bassin ; que de la gueule : un plongeon alors que c’est interdit, un sprint en crawl juste pour faire le kakou, et ensuite quelques longueurs en brasse inélégante. Résumé : mouillage pour se faire repérer, et retour à la bipédie pour son safari photo.

Mais revenons aux douches : ce gugusse a-t-il remarqué le système caméra vidéo qui filme cette allée ? Les gars à la sécurité doivent bien de se marrer en matant les vidéos, soit dit en passant. Un trésor pour l’éthologie.

La brêle week

C’était quand, la Fashion Week ?

Parce que, là, ce soir même : ce fut la Brêle Week… défilé d’animaux à queue… défilé… que dis-je, un vrai florilège, avec ces tapioles en manque devenues stars (lire les épisodes précédents). Par ordre d’apparition, comme un carré Viiiip :
– le petit nem
– la crevette avariée
– le pequeño
– le bigorneau
Dandinage de postérieur, allers-retours aux toilettes pour se refaire le maquillage, puis revenir devant le public… Arborant tous leurs slips ou boxer de bain ancienne collection. Bien sûr, ça nage pas beaucoup, donc leur cache-sexe est encore tout neuf. On ne remerciera jamais assez la girafe albinos pour son absence.

Résultat des courses ? Pour éviter de les croiser aux douches, je ne fais plus ma pause vidange aux stands à la demi-heure. Crawl durant une bonne heure, d’une traite, comme en été.

De ce désagrément, de ces têtes à claques, on peut donc en dégager(1) quelques bénéfices.

A mateur, mateur et demi

Je termine mon 1h15 de crawl et file aux douche. La girafe albinos est toujours là depuis au moins 1h. Voulant l’éviter, je choisis donc d’aller dans la partie discrète des douches. Une place se libère et donc j’y vais pour me toucher.

Il se trouve que mes deux voisins de douche, adolescents prépubères, se marrent comme un Beavis-et-Butthead, sautillant de temps en temps pour voir par dessus un autre muret, celui qui sépare les messieurs des mesdames. Ces deux petits hétéros reluquent depuis pas mal de temps, sans la moindre once de décence et de discrétion, les demoiselles de l’autre côté.

Et zut, le petit espagnol débarque… il reste une douche libre à côté, mais l’animal reste bien devant nous pour un matage en règle. Je termine vite fait, laissant les deux adolescents mateurs sous l’oeil du pequeño… A mateurs, donc, mateur et demi.

En mon for intérieur, je me dis qu’il faudrait prévenir ces deux jeunes, mais le diablotin en moi me dit de laisser vivre.

Je reviens donc devant, pour me sécher, sous le regard de la girafe. On endure. Quand je termine et remonte m’habiller, je vois la girafe se déplacer vers le muret pour aller admirer ce qui se passe derrière.
Si ces deux jeunes voyeurs savaient qu’ils étaient littéralement encadrés par plus voyeurs qu’eux…

Conclusion : les hormones, ça rend très con.