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VDM

Vieux, dégueulasse et moche.

Une serviette de couleur improbable autour de la taille, la panse distendue, le regard torve et la figure au delà de la soixantaine… Cet acronyme ambulant a été croisé aux douches. Douches qui, pour le salut des mortels, étaient vide de ces mêmes mortels. Enfin presque. Il y avait ma pomme pour un passage express à la vidange, et puis lui, qui semblait faire de ce lieu son territoire.

Voyant ce parangon de sénescence, je me suis demandé si – comme souvent – un événement ne m’aurait pas transporté 30 ans dans le futur. Supputation est établie en quelques millisecondes que cet animal fait partie du même groupe d’excités qui hantent ces lieux, avec leur relative jeunesse, leur vide et leurs hormones. Sauf que là, point de jeunesse, comme si ces crétins avaient continué leur sempiternel manège tous les jours pendant des décennies. Pis, son comportement semble relever de la pathologie, et on pense aisément qu’il a eu une permission de sortie de son hôpital psychiatrique.

Et de m’apercevoir que ce vieux est un pervers niveau 100 of ze dead. Même en regardant le carrelage, il arrive à offrir son engin 3 pièces à ma vue et contre mon gré. Il lui a suffit de calculer le moment exact pour réajuster sa serviette autour de la taille. Calculs prémédités et d’une précision diabolique. Je n’ai rien pu faire, à part écourter au plus vite ma présence à la douche.

L’on sait maintenant, malgré le règlement intérieur, que la catégorie nudiste à serviette (dans ce cas-ci ; verte ou violette ?) peut être localisée aussi dans les douches, et non plus exclusivement aux vestiaires.

Finalement, Reiser ne dessinait pas des caricatures. Son oeil était juste. Il dessinait des vérités.

La punaise

Évacuons rapidement le sujet, car le besoin de l’évacuer est impérieux.

Le-dit sujet se place en bout de ligne, et adopte la conduite typique du groupe des poissons-pierre, à savoir de l’attente ou de la pause, donc l’absence de nage, pendant une durée lubriquement longue. Ainsi, plus d’une heure au même poste, avec juste 3 allés-retours en guise d’interludes. Quant à savoir ce qu’il pense et regarde pendant ce laps de temps, j’ai abandonné pour cette fois : mes neurones miroirs renâclent à la tâche ingrate de reproduire virtuellement la psychologie d’un mec en manque de quoi vous savez.

Et que dire de ces allées et venues dans cette ligne de crawl ? L’image de l’albatros maladroit tentant le décollage m’a traversé l’esprit, mais point de vol glorieux, ça reste collé dans l’eau. Les membres de cet animal évoqueraient plutôt l’insecte, les mouvements semblent manquer de coordination. Dysharmonie corroborée par un physique maigrichon et des articulations lâches.

Pourtant, à force de nager, l’animal pourrait améliorer sa technique natatoire, et se forger un corps un peu plus agréable à l’oeil. Mais non, il reste planté au bord comme une punaise sur un tableau.

Le crabe japonais

L’animal se meut bizarrement grâce à une série de mouvements qui ressemblerait à un crawl. Comme on souffre plus ou moins à voir un histrion jouer du Shakespeare, l’on ressent ici une petite gêne devant ce spectacle aquatique. La tête reste constamment hors de l’eau malgré le port de lunettes de natation. Il est donc hors de question d’évoquer une quelconque horizontalité(1). Les lourdes pattes coulent et poussent l’eau comme en brasse.
Conséquence : même probabilité de se ramasser un coup de pied qu’avec un nageur en brasse. Il la joue virile et cela pourrait faire mal.

Pour information, lorsqu’une situation est délicate, pour un nageur plus rapide qui se trouve derrière, qui veut avertir et doubler ; la bonne manière consiste à toucher la cheville ou le pied gauche du sieur lent.

Ce que je fais. Puis le dépasse sans effort. Sauf que l’animal interprète mal le sens du geste et envoie son geste à lui. Lorsque je termine le dépassement, mon pied droit se trouve pincé. Et bien pincé.

Dans le « milieu » terrestre, un us de tapiole consiste à pincer réellement quelqu’un lorsque soi-même l’on pince métaphoriquement pour ce même quelqu’un. Ils la jouent virile et c’est toujours douloureux. Pratique détestable, et le réflexe est de vouloir leur répondre avec un pain dans la gueule.

Encore une fois où il faut passer outre et la jouer zen.
Ce n’est pas un vulgaire décapode qui va perturber mon flow.

Accessoirement, la plastique est bien travaillée et serait agréable à voir, si ce Malacostraca s’abstenait de nager. Considérer sa vie et son corps comme une oeuvre d’art est une bonne philosophie. Mais je me demande si le goût est bon, d’un, quand la peau est assimilée à une pinacothèque, et deux, quand on affiche une ostentation peu modérée pour les estampes nippones.

Peut-être espère-t-il une mue lorsque ses tatouages seront complètement démodés ?

Le Machiavel au savon

Cet individu semble utiliser toutes les méthodes : fervent adepte dévêtu de la bulle temporelle dans les vestiaires, durée indécente passée sous les douches après un barbotage succinct, allées et venues aux toilettes, changement de place selon la qualité visuelle du voisinage… et une nouvelle stratégie que l’on ne soupçonnait pas jusqu’à présent.

A la lecture du titre de ce billet, le lecteur perspicace et à l’imagination fertile se sera demandé s’il s’agit de la fameuse savonnette échappée de mains maladroites, tombée à terre, que l’on doit ramasser, offrant ainsi son arrière-train au voisin : non, ce n’est pas cela, mais vous êtes chauds.

Il n’y a heureusement jamais de savon solide. La personne soucieuse apporte son gel douche. La personne oublieuse se rince uniquement. La personne lubrique va se servir aux distributeurs de gel moussant. Et pas qu’une seule fois. Qu’ils soient remplis, c’est bien, mais c’est encore mieux s’ils sont vides. Elle peut aussi feindre le tarissement ; personne ne va vérifier dans leur main la quantité de liquide à savon collecté (qui ressemble à… heu… hum…).

Ce qui donne de petits parcours d’un distributeur à l’autre, et évite élégamment le stratagème des passages aux toilettes. Trop de mictions, et certains pourraient se poser des questions sur une pollakiurie, signe que le système urogénital a quelques ratés. Même moche comme un pou, une image et une réputation se travaillent.

Donc d’un distributeur à l’autre, technique élégante de changer sa place, de voir le voisinage, et aussi de passer un peu trop près de ses voisins, vu la localisation des fontaines à savon. La distance de sécurité – la longueur d’un bras – n’est plus respectée, et l’espace vital est psychologiquement envahi.

Habile, voire machiavélique. Collection de stratagèmes pour satisfaire une libido. Ou autrement dit, l’Intelligence au service du Sexe(1).

Fascinating.

Les microsingularités

Déjà évoqué, dont le nudiste à serviette jaune, et d’autres bien moins remarquables, cet assemblage disparate d’individus qu’on aimerait faire disparaître tardait à être défini en un taxon. C’est maintenant chose faite.

Point commun : celui d’être coincé dans les vestiaires et dans une bulle temporelle. Le plus souvent en tenue d’Adam, avec ou sans artefact temporaire pour cacher l’intimité qui – on les remercie – ne s’active pas en mode turgescence. Ainsi, quand bien même l’on travaille à ne regarder que ses affaires et le carrelage, l’inconscient arrive à capter que ce gars-ci est poivre-et-sel sous la ceinture, que cet autre utilise la tondeuse, voire même qu’on a retiré le prépuce à ce troisième.

Là où quelqu’un de sensé et poli jouerait la carte de la pudeur et de la vitesse, ici, c’est l’inverse : ces cas prennent leur temps bien déshabillés, voire nus comme des vers, manipulent leurs affaires, peuvent soigner leur visage voire le corps entier avec de la crème… et si le smartphone ne sonne toujours pas, il est bon de consulter sa messagerie en slip.

L’explication vient a posteriori, suite à l’écoute de scientifiques discutant à la radio : selon la Mécanique newtonienne, chacun peut s’accorder sur la notion d’un même temps, identique en tout point de l’espace. Mais selon la théorie de la Relativité générale, le temps comme notion commune à tous n’existe pas. Chaque corps a une masse, l’espace-temps est donc déformé peu ou prou par la gravité de chacun et celle environnante. Le temps ne peut être identique pour tous. On parle alors de durée propre(1).

Ce qui fait que le gugusse à côté peut sembler très lent à enfiler son slip, ou qu’un autre plus loin semble bloqué dans une nudité soit-disant sculpturale. C’est en relation avec leur masse. Leur durée propre n’est pas ma durée propre, d’où ce décalage de vitesse.

Aussi, pour avoir un décalage aussi net, pour déformer la courbure de l’espace-temps de façon aussi significative, ces individus doivent logiquement abriter un trou noir en leur for intérieur(2).

CQFD.

Les touristes

On avait les envahisseurs avec leur petit doigt dressé. Les scénaristes ne se sont pas foulés les neurones pour pondre la nouvelle série en vogue, voici en exclusivité dans vos bassins locaux : les touristes.
Je vous laisse imaginer la petite chose qui est censée être dressée…

Toujours un, voire deux individus. Jamais les mêmes, par définition : un tour et puis s’en va. Et qui se dénotent trop facilement. D’abord parce qu’ils sont inconnus dans notre tatabase (oui, même autiste léger, j’arrive à les capter sans aucun souci, pour ensuite faire des recoupages avec les thons déjà fichés). Ensuite de part leur présence, comment dire… une vraie moule au fond de la piscine serait largement moins incongrue qu’eux.
Et puis, à les voir nager… même s’ils s’appliquent jusqu’au maniérisme, ça se voit qu’ils sont incapables d’avaler un tout petit minuscule kilomètre.

Un bon point quand même : leur plastique est assez potable. Je déconseillerai quand même de porter de l’aussieBum modèle « precision tomahawk » kaki quand on ne fait que de la brasse non sportive. Ce que j’ai vu n’était définitivement pas à la hauteur du slip.

Bien sûr, pour pas changer, ça patauge et ça se passe ensuite côté straight shower. J’ai vu cet autre touriste reparaître plusieurs fois autour du bassin, faire la pose pour mater on ne sait quoi, puis re-disparaître aux douches. Il devait attendre quelqu’un, mais mon petit doigt (oui, j’en ai un) me dit qu’il n’allait pas trouver de prince charmant dans ce lieu. Son dépit était touchant, j’en ai eu presque pitié.

Et de désespérer qu’un lieu public soit un tantinet dévoyé par des gars dominés par les démangeaisons de leur petit membre. Faudrait leur dire que leur main droite (ou gauche, ou les deux) pourrait très bien les soulager. Ou les inviter à essayer les sauna gay. Cela leur éviterait d’être de mauvais acteurs dans cette mauvaise série.

L’énormité en moustache

La belle saison est censée ne plus tarder, et ceux qui pensent à s’alléger de quelques rondeurs déboulent dans le bassin pour quelques allées et venues inefficaces dans l’eau.

Et quand on dit rondeur, c’est en général dans la tête. Objectivement, celui-là n’en a pas, mais intérieurement, le demi-kilogramme de gras nécessaire à son homéostasie quotidienne est encore de trop. D’ailleurs, trop bien entretenu pour sa cinquantaine débutante : piercings « haltères » aux deux tétons, gros tatouage sur l’épaule, coupe de cheveux à la militaire, moustache finement taillée… Ah… la moustache…
Pas foutu de nager le crawl, juste de la brasse maniérée et un lent dos crawlé, qui m’énerve quand je dois le doubler.

Mon gaydar indique tapiole 100% certifié et garanti. Aucun doute n’est possible. On dirait un personnage de Ralf König. Le cliché est là. Ostentatoire. Gros. Imposant. Et c’est tellement énorme que le doute s’installe en dépit de l’évidence.

Le sujet du jour était donc : « de l’art d’être gros alors que la balance indique le contraire » (l’inverse est tout aussi valable).

La vacuité incarnée

Je pensais avoir tout vu. Que nenni ! Drôle de poisson que celui-là ; il n’a pas l’air d’être du genre grégaire et (a)mateur de douche, mais plutôt un solitaire aquaphobe. Oui, aquaphobe. Longue pose sur le rebord, les panards dans le bassin (mais pas plus). A certes tenté quelques aller-retours en brasse, mais s’est surtout fait remarquer par sa pose sur le banc.

Là même où le bigorneau donne le change, avec sa serviette immonde sur les épaules, avant de retourner admirer de la chair fraiche savonnée sous la pluie artificielle…

Mais ici, avec cette nouvelle espèce, on atteint l’apothéose de l’attente. 40 minutes au minimum. Que devait-il penser pendant ce poireautage intensif ? Liste de courses ? Programmation en Objective-C ? Récapitulatif de ses pérégrinations nocturnes ? Images des tronches de cakes (et de leurs organes reproducteurs) déjà rencontrées ?

Tout un tas de supputations, mais la plus probable est celle qu’il pensait à rien. Oui, à quelques mètres de ma pomme, l’incarnation de la Vacuité ? Son cerveau a créé le vide. Ses neurones fonctionnant pour fabriquer une non-pensée. Point de construction mentale ; le vide est là. Beau et magnifique(1).

The world is full of wonders.

Les mains baladeuses

Et une peloteuse de fesses, une !

Lente comme une limace, elle embraye quand même à la vitesse supérieure quand elle se fait doubler. Merci la politesse.

C’est toujours délicat quand on doit croiser les lents en fin de ligne, sur le bord. Bingo, elle ne supporte pas que sa politesse soit grillée là. Au bord, je m’apprête à reprendre la course quand je sens une main me peloter la fesse gauche. Je dois m’arrêter pour protester, mais reçois à la place son aigreur et ses récriminations. Même pas la place de lui dire ce que je pense. Une tape sur l’épaule aurait suffit, mais non ; il faut croire que me presser fermement une fesse est plus utile.

Elle repart. Donc un peu furieux, je repars aussi, et le double à vitesse Warp 9.9 pour lui mettre la honte. Non mais !

Si elle savait que, même grisonnante, même bien gaulée (sauf que l’intérieur est assez moche), cette personne est plus jeune que ma pomme…

Les gorgonopsiens

Les zombies ont une appétence supposée pour la cervelle toute fraiche.
Ceci transposé au milieu aquatique, comment appelle-t-on des morts-vivants qui veulent vous bouffer les gonades ?

Nous découvrons ainsi trois tapioles obnubilées par leurs hormones, en mode un neurone et une queue… L’unique neurone se trouve évidemment dans la queue. Bref, trois mauvais rejetons de Pauvreté et Expédient, qui tentent d’aller dans la partie discrète des douches. Il doit s’y passer quelque chose, ou veulent que quelque chose s’y produise.
Mais ils ne peuvent pas. C’est déjà occupé.

Conséquence, ces trois crétins… appelons-les « gorgonopsiens », imaginons-les frères des célèbres Gorgones, donc fils de Phorcys(1) et Céto(2)… ces trois crétins, dis-je, se rabattent dans la partie exposée des douches, à tourner et mater autour du seul mec qui reste, qui n’a rien demandé, et qui se trouve être ma pomme.

Je les aurais tué.

Ah, zut, techniquement c’est pas possible de killer du zombie…
La loose.