Le nudiste à serviette jaune

Rare : rencontré uniquement deux fois, mais d’une remarquabilité remarquable.

Il semble qu’il ne dépasse jamais le stade du vestiaire. Déshabillé complet, tenue d’Adam pendant toute la durée de la séance, le temps de plusieurs habillages-déshabillages, soit 30 minutes minimum. Son intimité n’est cachée que par cette serviette jaune tenue loin du corps, à la façon d’un toréador ; l’intimité est donc réduite à néant suivant la zone sèche de son corps qu’il a soudainement envie de sécher.

On notera l’envie de socialiser, soit par tentative d’échange de regard, soit par tentative de dialogue : un « il y a trop de monde dans ce vestiaire » a été lancé sans que quiconque daigne répondre.

La girafe albinos

Grande et de couleur blanche, « elle » ne dépasse pas le stade de la douche et reste au minimum une heure, couverte de mousse apparemment tout le temps, matant le reste des individus mâles qui transitent dans les douches. Sa taille lui procure l’avantage de pouvoir regarder au dessus du muret qui sépare la seconde partie des douches qui, du fait de la conformation des lieux, autorise plus de discrétion (et, du coup, plus d’atteintes à l’indécence).

Ce spécimen essaye d’être discret en allant de temps en temps aux toilettes, mais ses yeux grands ouverts, scrutant de sa hauteur chaque bipède en slip, ne laisse personne dupe.

L’hypothèse envisagée est que la forte assiduité ablutionnaire et le savonnage intensif sont à l’origine de la dépigmentation cutanée.

Sa fréquentation a duré assez longtemps, presque chaque soir pendant plusieurs mois et années. C’est avec plaisir que son absence fut constatée. Il est fort probable qu’ « elle » a dû se faire porter pâle.

Le petit espagnol

Ou, en langage originel, le pequeño.

Rapport à son poil dru et noir, et sa modeste taille. Son corps illustre parfaitement l’absence de tout effort physique. Préfère la partie discrète des douches car il n’hésite pas à retirer son boxer de bain (alors que le règlement l’interdit) s’il se trouve à côté d’un mâle à son goût. Une variante plus classique, après avoir maté son voisin, est, face contre mur, yeux fermés, de s’astiquer la tige dans une sorte de transe.

Essaye, comme les autres cas, de donner le change en segmentant ses ablutions par plusieurs passages aux toilettes. Ceci permet de changer de douche et donc de voisin.
Une autre de ses astuces est d’arriver au moment proche de la fermeture, il profite ainsi de la forte concentration aux douches, plein de messieurs ont alors terminé leur séance piscine et vont se savonner.
Il ne semble ne pas dédaigner le bassin, mais ne nage pas : il reste côté pataugeoire pour quelques minutes, voire s’assoie sur le bord, et profite de la vue.

Me retrouvant parfois voisin de ce pequeño et ne pouvant que regarder autre chose que le carrelage, j’ai pu constater l’état de ses ongles de pieds. L’on ainsi peut le renommer en « pied-de-troll ». S’il veut séduire ses pairs et plus si affinités, qu’il le fasse donc en chaussettes, sinon c’est pas possible.

La crevette avariée

« Elle » devait être jolie lorsque jeune, mais le défraichissement laisse pantois. Petite, très peu musclée, sans graisse. Se remarque facilement car arrive en retard (20 à 10 minutes avant le coup de sifflet d’évacuation des bassins) et de part sa tenue changeante : large éventail de boxers de couleurs/styles différents, dont un moulant le postérieur d’une façon heu… vu la maigreur, la faible taille du fessier donne l’impression de voir deux pamplemousses.

Ne doit faire que deux longueurs de bassins, à la brasse (non coulée), puis hante les douches. Contrairement au petit espagnol, le comportement se limite aux regards, tellement discrets qu’on ne les remarquent pas. Quand bien même, les douches répétitives et les allées-venues inutiles aux toilettes ne laissent planer aucun doute.

Le paranthrope

De la branche des hominidés, mais l’évolution l’aurait fait bifurquer vers une voie sans issue. En clair, le voyant, c’est : « no way » !

Il y a des éléphants de mer très beaux, des lions marins bien gracieux, mais là, la dysmorphie rend impossible toute forme de compassion… Remarquez, le sieur qui complexe soit à propos de ses poils, soit au sujet d’une légère surcharge pondérale, n’a plus aucun complexe à avoir, ni aucune raison de faire sa chochotte. Direction la piscine, épicétou !

Le-dit paranthrope ne dédaigne pas l’eau. On peut l’y trouver la majeure partie du temps. Mais l’individu révèle son caractère sous la douche, regardant sans hésitation ni même discrétion la plastique du mec se touchant à côté.

Le poisson-pierre

Rapport à sa stature immobile faisant pensant à une statue grecque. Enfin… si Phidias a sculpté ça, je le descends de suite de son piédestal.

Aucun rapport avec le vrai poisson dont la piqûre est mortelle, quoique personne n’est revenu pour témoigner de l’innocuité du dard de ces mecs. Nous disons « ces mecs » car l’individu varie. C’est en effet la position, la stature et la place qui définit cette espèce : le tronc est à l’air, bien visible, trop visible, le bas est dans l’eau, côté où l’on a pied, près de l’échelle métallique. L’animal prend une sorte de pause (on peut dire stoïcisme) et reste presque immobile. Dans une sorte d’attente d’une vingtaine de minutes. Le tronc et les cheveux ont donc le temps de sécher.

Là, par contre, mon gaydar renvoie des signaux erratiques. Difficile de savoir si c’est un hétéro qui tente d’attirer de la moule, ou un homo qui essaye de rabattre un thon.

Le requin

Un squale qui, je le redoute, se trouve incarné par ma personne.

Filant à une vitesse relativement rapide – cette saison, deux à trois nageurs occasionnels osent me griller en sprint, alors que je suis en endurance pour une heure – et y allant de façon parfois bourrin : j’exerce une certaine forme de prédation.

Les crétins qui font de la brasse dans ce couloir de crawl se prennent la honte et vont en général ailleurs. Ce qui fait qu’après quelques minutes, seuls les crawlers bien foutus et endurants parcourent la ligne de nage. Ça, c’est la première étape de la sélection naturelle : on vire les brêles et on ne garde que les plus beaux.

Pour l’étape suivante, hum… disons que ce poisson à slip rouge était bien appétissant. La proie n’était ni blonde ni rousse, mais en d’autres lieux, j’en aurais bien fait mon quatre-heures.

Le requin est une espèce timide et qui ne socialise pas. Dommage, il a filé. Suggestion est faite de muter en Homo delphinus.

L’Australien

Pas de slip kangourou, non, mais un slip de bain noir à liserés blanc d’une marque originaire de ce pays.

Pour ceux qui connaissent AussieBum… hum. Il faut soit être Australien, soit tapiole-fashion-victim. Connoté gay ? naaaannn, si peu… Je lui laisse le bénéfice du doute en lui donnant la même nationalité que Crocodile Dundee.

Franchement, c’est joli, et il a la plastique qui va bien. Quoique cette beauté harmonieuse est savamment démolie par le nom de la marque inscrit sur l’arrière du slip, sérigraphié blanc sur fond noir. Le cerveau décode ainsi, sans délai ni effort, le message sous-jacent : « postérieur à troncher ».

Vu le faible nombre de longueurs en crawl effectués, et le nombre de poses « tronc à l’air », il n’a pas l’air d’être endurant. De là à penser « grosse passive »… Je l’ai pensé ? ah zut, désolé.

A mateur, mateur et demi

Je termine mon 1h15 de crawl et file aux douche. La girafe albinos est toujours là depuis au moins 1h. Voulant l’éviter, je choisis donc d’aller dans la partie discrète des douches. Une place se libère et donc j’y vais pour me toucher.

Il se trouve que mes deux voisins de douche, adolescents prépubères, se marrent comme un Beavis-et-Butthead, sautillant de temps en temps pour voir par dessus un autre muret, celui qui sépare les messieurs des mesdames. Ces deux petits hétéros reluquent depuis pas mal de temps, sans la moindre once de décence et de discrétion, les demoiselles de l’autre côté.

Et zut, le petit espagnol débarque… il reste une douche libre à côté, mais l’animal reste bien devant nous pour un matage en règle. Je termine vite fait, laissant les deux adolescents mateurs sous l’oeil du pequeño… A mateurs, donc, mateur et demi.

En mon for intérieur, je me dis qu’il faudrait prévenir ces deux jeunes, mais le diablotin en moi me dit de laisser vivre.

Je reviens donc devant, pour me sécher, sous le regard de la girafe. On endure. Quand je termine et remonte m’habiller, je vois la girafe se déplacer vers le muret pour aller admirer ce qui se passe derrière.
Si ces deux jeunes voyeurs savaient qu’ils étaient littéralement encadrés par plus voyeurs qu’eux…

Conclusion : les hormones, ça rend très con.

Les gros bleus

Ce samedi midi aux douches a été l’occasion de voir un défilé de gros bidons (ou « grosses brioches », si vous trouvez ça appétissant). Cette année, l’hiver a été très généreux et ces messieurs ont été étrangers à toute notion de restriction calorique. Une bonne illustration, appliquée à la gastronomie, de la notion grecque d’hubris. La tempérance enseignée par Aristote se retrouve ainsi dans le monde suprasupralunaire.

Vous vous souvenez du flim Le Grand Bleu ? C’est que ce la couleur du slip de bain nous suggère. Deux exemples :

1) Le vieux gros moche bleu foncé. Douche et re-douches, avec pour intermèdes des courts passages aux toilettes, puis quelques minutes devant le miroir pour se mirer tel Narcisse.

2) Le gros jeune bleu clair, qui mate sans vergogne, toujours sous la douche après une demi-heure. Ce jeune bibendum n’hésite pas sur le savon. Son programme de nettoyage est particulièrement complet, puisqu’il inclue l’intérieur antérieur du slip. Cela de manière impudique et répétée. A la limite du trouble obsessionnel compulsif. On comprend que le paquet doit être propre, mais trop de nettoyage perturbe la flore cutanée, favorisant l’apparition de mycoses et d’irritations.
Côté postérieur, le slip devient complètement distendu tellement le tissu a été lavé.

Il est à regretter que leur graisse ne soit d’aucune utilité dans l’eau, contrairement au spermaceti du cachalot ou à l’huile de baleine. Il est par ailleurs hors de question de parler d’apnée ; cette pratique leur serait fatale.