Pouic-pouic

Illusion d’optique ou chose effective ? La question reste ouverte, tant cette scène s’est déroulée juste au dessus du mode subliminal. C’est l’effet du flow : le corps est lancé en plein effort, entre dans un automatisme efficace et libère les endorphines dont le cerveau se gave. La conscience vaque alors de la réalité brute au conceptuel, du proprioceptif parfait aux pures abstractions, et entre les deux, comme dans un rêve, donne à regarder ce que l’oeil subaquatique propose.

Avais-je remarqué ces deux nageurs ayant en commun la même couleur criarde de slip et le poids des années. L’un nage exclusivement la brasse, l’autre varie entre brasse et crawl. Les deux se reposent en bout de ligne, l’un dans le couloir de brasse, l’autre dans celui du crawl, mais côte à côte, séparés uniquement par la chaine de flotteurs plastiques.

Et mon regard de constater que de la main de l’un se pose sur la partie antérieure du slip de l’autre, discrètement, sous l’eau. La quarantaine plus que probable, et c’en est encore à jouer à un improbable touche-pipi dans une piscine publique ?

Je laisse filer, dans mon bien-être, ce genre de chose ne me touche pas.

La punaise

Évacuons rapidement le sujet, car le besoin de l’évacuer est impérieux.

Le-dit sujet se place en bout de ligne, et adopte la conduite typique du groupe des poissons-pierre, à savoir de l’attente ou de la pause, donc l’absence de nage, pendant une durée lubriquement longue. Ainsi, plus d’une heure au même poste, avec juste 3 allés-retours en guise d’interludes. Quant à savoir ce qu’il pense et regarde pendant ce laps de temps, j’ai abandonné pour cette fois : mes neurones miroirs renâclent à la tâche ingrate de reproduire virtuellement la psychologie d’un mec en manque de quoi vous savez.

Et que dire de ces allées et venues dans cette ligne de crawl ? L’image de l’albatros maladroit tentant le décollage m’a traversé l’esprit, mais point de vol glorieux, ça reste collé dans l’eau. Les membres de cet animal évoqueraient plutôt l’insecte, les mouvements semblent manquer de coordination. Dysharmonie corroborée par un physique maigrichon et des articulations lâches.

Pourtant, à force de nager, l’animal pourrait améliorer sa technique natatoire, et se forger un corps un peu plus agréable à l’oeil. Mais non, il reste planté au bord comme une punaise sur un tableau.