Oh my Socrates

C’est une sorte de rituel. Après avoir enfilé mon slip de natation et avant la douche ; le sacro-saint passage aux toilettes pour la vidange. Il faut tenir une heure, voire plus, sans augmenter la teneur en urine de l’eau. Cela fait partie des performances. Donc aux toilettes : un des box a sa porte fermée. C’est bien. Vu le nombre de crétins qui ne la ferme pas, et offrent la vision de leur filet doré à tous ceux qui seraient derrière… Sans parler du fait qu’ils ne craignent pas l’éventualité qu’un excité ayant oublié son bromure puisse entrer dans leur box pour tenter on ne sait quoi…

Hum… je reprends… un des box est fermé, l’autre est libre, donc j’y vais logiquement. Et de remarquer non pas deux pieds dans le box occupé, mais quatre. Deux pieds nus, et deux pieds en tongues. Je ne tilte pas encore. Ce sont plus ces affreuses tongues qui m’occupent l’esprit.

Je ferme la porte, et vérifie que je suis seul. Le déclic vient lorsque ma vessie se soulage.
Socrate est là.
Non pas physiquement avec moi dans le box, mais dans mon intellect. Le dialogue du Banquet de Platon me revient en mémoire. Et dans ce dialogue, non pas l’éculée et néanmoins merveilleuse partie où Socrate introduit la sagesse de Diotime – dans la discussion, s’entend – mais la partie où cet inverti d’Aristophane cause de l’être orgueilleux à quatre bras et quatre jambes. Donc quatre pieds. Nous y voilà. Pour l’histoire, Zeus a coupé en deux ce kakou quadrumane quadrupède bicéphale, et depuis, chacun est censé trouver l’autre moitié.

Vidange terminée, on se rince les mains, l’autre box est toujours occupé, et logiquement pour quelques minutes encore. J’avoue avoir l’esprit assez tordu et facétieux, pour me demander comment ces deux êtres allaient s’emboîter pour reformer l’être originel. Tant de combinaisons… les hindous en auraient écrit des pages.

C’est ça, l’ironie socratique : on a beau savoir, on a vu tellement de documentaires animaliers, avoir fait ses propres expériences… le savoir est remis en question et l’ignorance feinte, parce que c’est que comme ça que le schmilblick avance.