La vacuité incarnée

Je pensais avoir tout vu. Que nenni ! Drôle de poisson que celui-là ; il n’a pas l’air d’être du genre grégaire et (a)mateur de douche, mais plutôt un solitaire aquaphobe. Oui, aquaphobe. Longue pose sur le rebord, les panards dans le bassin (mais pas plus). A certes tenté quelques aller-retours en brasse, mais s’est surtout fait remarquer par sa pose sur le banc.

Là même où le bigorneau donne le change, avec sa serviette immonde sur les épaules, avant de retourner admirer de la chair fraiche savonnée sous la pluie artificielle…

Mais ici, avec cette nouvelle espèce, on atteint l’apothéose de l’attente. 40 minutes au minimum. Que devait-il penser pendant ce poireautage intensif ? Liste de courses ? Programmation en Objective-C ? Récapitulatif de ses pérégrinations nocturnes ? Images des tronches de cakes (et de leurs organes reproducteurs) déjà rencontrées ?

Tout un tas de supputations, mais la plus probable est celle qu’il pensait à rien. Oui, à quelques mètres de ma pomme, l’incarnation de la Vacuité ? Son cerveau a créé le vide. Ses neurones fonctionnant pour fabriquer une non-pensée. Point de construction mentale ; le vide est là. Beau et magnifique(1).

The world is full of wonders.