A mateur, mateur et demi

Je termine mon 1h15 de crawl et file aux douche. La girafe albinos est toujours là depuis au moins 1h. Voulant l’éviter, je choisis donc d’aller dans la partie discrète des douches. Une place se libère et donc j’y vais pour me toucher.

Il se trouve que mes deux voisins de douche, adolescents prépubères, se marrent comme un Beavis-et-Butthead, sautillant de temps en temps pour voir par dessus un autre muret, celui qui sépare les messieurs des mesdames. Ces deux petits hétéros reluquent depuis pas mal de temps, sans la moindre once de décence et de discrétion, les demoiselles de l’autre côté.

Et zut, le petit espagnol débarque… il reste une douche libre à côté, mais l’animal reste bien devant nous pour un matage en règle. Je termine vite fait, laissant les deux adolescents mateurs sous l’oeil du pequeño… A mateurs, donc, mateur et demi.

En mon for intérieur, je me dis qu’il faudrait prévenir ces deux jeunes, mais le diablotin en moi me dit de laisser vivre.

Je reviens donc devant, pour me sécher, sous le regard de la girafe. On endure. Quand je termine et remonte m’habiller, je vois la girafe se déplacer vers le muret pour aller admirer ce qui se passe derrière.
Si ces deux jeunes voyeurs savaient qu’ils étaient littéralement encadrés par plus voyeurs qu’eux…

Conclusion : les hormones, ça rend très con.

L’Australien

Pas de slip kangourou, non, mais un slip de bain noir à liserés blanc d’une marque originaire de ce pays.

Pour ceux qui connaissent AussieBum… hum. Il faut soit être Australien, soit tapiole-fashion-victim. Connoté gay ? naaaannn, si peu… Je lui laisse le bénéfice du doute en lui donnant la même nationalité que Crocodile Dundee.

Franchement, c’est joli, et il a la plastique qui va bien. Quoique cette beauté harmonieuse est savamment démolie par le nom de la marque inscrit sur l’arrière du slip, sérigraphié blanc sur fond noir. Le cerveau décode ainsi, sans délai ni effort, le message sous-jacent : « postérieur à troncher ».

Vu le faible nombre de longueurs en crawl effectués, et le nombre de poses « tronc à l’air », il n’a pas l’air d’être endurant. De là à penser « grosse passive »… Je l’ai pensé ? ah zut, désolé.

Le requin

Un squale qui, je le redoute, se trouve incarné par ma personne.

Filant à une vitesse relativement rapide – cette saison, deux à trois nageurs occasionnels osent me griller en sprint, alors que je suis en endurance pour une heure – et y allant de façon parfois bourrin : j’exerce une certaine forme de prédation.

Les crétins qui font de la brasse dans ce couloir de crawl se prennent la honte et vont en général ailleurs. Ce qui fait qu’après quelques minutes, seuls les crawlers bien foutus et endurants parcourent la ligne de nage. Ça, c’est la première étape de la sélection naturelle : on vire les brêles et on ne garde que les plus beaux.

Pour l’étape suivante, hum… disons que ce poisson à slip rouge était bien appétissant. La proie n’était ni blonde ni rousse, mais en d’autres lieux, j’en aurais bien fait mon quatre-heures.

Le requin est une espèce timide et qui ne socialise pas. Dommage, il a filé. Suggestion est faite de muter en Homo delphinus.

Le poisson-pierre

Rapport à sa stature immobile faisant pensant à une statue grecque. Enfin… si Phidias a sculpté ça, je le descends de suite de son piédestal.

Aucun rapport avec le vrai poisson dont la piqûre est mortelle, quoique personne n’est revenu pour témoigner de l’innocuité du dard de ces mecs. Nous disons « ces mecs » car l’individu varie. C’est en effet la position, la stature et la place qui définit cette espèce : le tronc est à l’air, bien visible, trop visible, le bas est dans l’eau, côté où l’on a pied, près de l’échelle métallique. L’animal prend une sorte de pause (on peut dire stoïcisme) et reste presque immobile. Dans une sorte d’attente d’une vingtaine de minutes. Le tronc et les cheveux ont donc le temps de sécher.

Là, par contre, mon gaydar renvoie des signaux erratiques. Difficile de savoir si c’est un hétéro qui tente d’attirer de la moule, ou un homo qui essaye de rabattre un thon.

Le paranthrope

De la branche des hominidés, mais l’évolution l’aurait fait bifurquer vers une voie sans issue. En clair, le voyant, c’est : « no way » !

Il y a des éléphants de mer très beaux, des lions marins bien gracieux, mais là, la dysmorphie rend impossible toute forme de compassion… Remarquez, le sieur qui complexe soit à propos de ses poils, soit au sujet d’une légère surcharge pondérale, n’a plus aucun complexe à avoir, ni aucune raison de faire sa chochotte. Direction la piscine, épicétou !

Le-dit paranthrope ne dédaigne pas l’eau. On peut l’y trouver la majeure partie du temps. Mais l’individu révèle son caractère sous la douche, regardant sans hésitation ni même discrétion la plastique du mec se touchant à côté.