La crevette avariée

« Elle » devait être jolie lorsque jeune, mais le défraichissement laisse pantois. Petite, très peu musclée, sans graisse. Se remarque facilement car arrive en retard (20 à 10 minutes avant le coup de sifflet d’évacuation des bassins) et de part sa tenue changeante : large éventail de boxers de couleurs/styles différents, dont un moulant le postérieur d’une façon heu… vu la maigreur, la faible taille du fessier donne l’impression de voir deux pamplemousses.

Ne doit faire que deux longueurs de bassins, à la brasse (non coulée), puis hante les douches. Contrairement au petit espagnol, le comportement se limite aux regards, tellement discrets qu’on ne les remarquent pas. Quand bien même, les douches répétitives et les allées-venues inutiles aux toilettes ne laissent planer aucun doute.

Le petit espagnol

Ou, en langage originel, le pequeño.

Rapport à son poil dru et noir, et sa modeste taille. Son corps illustre parfaitement l’absence de tout effort physique. Préfère la partie discrète des douches car il n’hésite pas à retirer son boxer de bain (alors que le règlement l’interdit) s’il se trouve à côté d’un mâle à son goût. Une variante plus classique, après avoir maté son voisin, est, face contre mur, yeux fermés, de s’astiquer la tige dans une sorte de transe.

Essaye, comme les autres cas, de donner le change en segmentant ses ablutions par plusieurs passages aux toilettes. Ceci permet de changer de douche et donc de voisin.
Une autre de ses astuces est d’arriver au moment proche de la fermeture, il profite ainsi de la forte concentration aux douches, plein de messieurs ont alors terminé leur séance piscine et vont se savonner.
Il ne semble ne pas dédaigner le bassin, mais ne nage pas : il reste côté pataugeoire pour quelques minutes, voire s’assoie sur le bord, et profite de la vue.

Me retrouvant parfois voisin de ce pequeño et ne pouvant que regarder autre chose que le carrelage, j’ai pu constater l’état de ses ongles de pieds. L’on ainsi peut le renommer en « pied-de-troll ». S’il veut séduire ses pairs et plus si affinités, qu’il le fasse donc en chaussettes, sinon c’est pas possible.

La girafe albinos

Grande et de couleur blanche, « elle » ne dépasse pas le stade de la douche et reste au minimum une heure, couverte de mousse apparemment tout le temps, matant le reste des individus mâles qui transitent dans les douches. Sa taille lui procure l’avantage de pouvoir regarder au dessus du muret qui sépare la seconde partie des douches qui, du fait de la conformation des lieux, autorise plus de discrétion (et, du coup, plus d’atteintes à l’indécence).

Ce spécimen essaye d’être discret en allant de temps en temps aux toilettes, mais ses yeux grands ouverts, scrutant de sa hauteur chaque bipède en slip, ne laisse personne dupe.

L’hypothèse envisagée est que la forte assiduité ablutionnaire et le savonnage intensif sont à l’origine de la dépigmentation cutanée.

Sa fréquentation a duré assez longtemps, presque chaque soir pendant plusieurs mois et années. C’est avec plaisir que son absence fut constatée. Il est fort probable qu’ « elle » a dû se faire porter pâle.

Le nudiste à serviette jaune

Rare : rencontré uniquement deux fois, mais d’une remarquabilité remarquable.

Il semble qu’il ne dépasse jamais le stade du vestiaire. Déshabillé complet, tenue d’Adam pendant toute la durée de la séance, le temps de plusieurs habillages-déshabillages, soit 30 minutes minimum. Son intimité n’est cachée que par cette serviette jaune tenue loin du corps, à la façon d’un toréador ; l’intimité est donc réduite à néant suivant la zone sèche de son corps qu’il a soudainement envie de sécher.

On notera l’envie de socialiser, soit par tentative d’échange de regard, soit par tentative de dialogue : un « il y a trop de monde dans ce vestiaire » a été lancé sans que quiconque daigne répondre.