Introduction

L’éthologie est l’étude du comportement animal. Nous étudierons ici l’homo sapiens sapiens de type mâle et homosexuel, dans le milieu chloré, aquatique et en général clos, que constitue l’établissement nautique.

Attention ici, cet exposé est bien éthologique et non sociologique. Les interactions, s’il y en a, restent du domaine de l’animal et non de l’humain. En effet, les échanges utilisant le langage sont rarement notés. De même, il y a peu ou pas de contact tactile.

Tout se résume en fait à des regards de mâles, jetés plus ou moins discrètement sur les autres individus, qu’ils soit homosexuels ou hétérosexuels.

Car l’avantage de ce milieu, pour le mâle en mal de mâle(1), est le peu de vêtement : boxer ou slip de bain. C’est d’autant pire que le règlement interdit les shorts amples, favorisant donc le port du moule-bite (et son corollaire, le moule-fesse).
Rien de la musculature masculine n’échappe ainsi au regard du reste de la population. Et ce qui reste caché sous le tissu peut être facilement retrouvé par l’imagination et le jugement.

Avouons d’emblée ; il y a souvent de jolies choses à regarder, mais ça va pour une seconde. Pas plus. On juge de la plastique de l’individu à côté. On apprécie ou déprécie, et on passe à autre chose la seconde suivante. Les individus sont dans ce lieu pour nager : crawl, brasse, dos, papillon, bartotage. On se concentre par exemple sur le crétin qui nage la brasse devant soi, et qui ne devrait pas nager dans ce couloir réservé au crawl. On écoute son propre corps, règle son souffle, évalue ou non les distances…
De fait, l’ « autre » est un obstacle, et non un agrément.

Or, l’on peut rencontrer quelques spécimens qui se distinguent par leur dédain du bassin, et qui continuent à scruter du regard le reste de la population mâle. Cela sans aucune discrétion, ou du moins, s’ils pensent être discrets, c’est raté. Leur comportement s’explique bien évidemment par leur libido latente, et leur désir latent de pêcher quelque chose. Autrement dit : ça drague maladroitement et en silence.

Ayant grand besoin de nager des kilomètres, je me retrouve donc à devoir croiser ce genre de spécimens et, même si mon âge devient canonique, à devoir subir leurs regards. J’ai un point commun avec ces individus, celui d’être homosexuel. La situation est énervante, voire irritante, et il faut travailler sur soi pour ne pas devenir homophobe.

L’on se rend compte alors que l’éthologie (comme la sociologie) oblige à une certaine distanciation. Distance que l’on peut aisément mesurer : celle de mon bras. Car, trop proche, je ne pourrais m’empêcher d’offrir pains et châtaignes à ces créatures.

Ce fragile écosystème, situé dans ces vestiaires, douches, plage et bassin, n’étant pas destiné à la violence, il convenait donc d’évacuer cela au travers de l’écriture en prenant le parti d’en rire. Monographies, scènes, réflexions se rajoutent au fur et à mesure de mes séances de natation. Les cas décrits existent réellement et il est probable que certains puissent se reconnaître. Aussi, je leur dis : soyez profil bas et prenez du bromure.

Merci pour votre attention.

La suite se trouve dans les différents articles.